
Qui êtes-vous ?
Je m'appelle Niranjan Raghavan. Je viens d'Inde et j'ai obtenu mon MSc&T in Energy Environment : Science, Technology and Management (STEEM) à l'École Polytechnique en 2019. Cette spécialisation couvre l'ensemble du secteur de l'énergie, de la physique du solaire et de l'éolien au développement de projets, en passant par le montage financier et la structuration des investissements. Aujourd'hui, je suis responsable de la finance durable chez AXA Climate, où je travaille avec des fonds de capital-investissement, des investisseurs à impact et des banques sur les risques climatiques, l'assurance et les services d'adaptation.
Pourquoi avoir choisi l'École polytechnique ?
Je vivais aux États-Unis et j'y avais déjà obtenu un master, mais je savais que je voulais orienter ma carrière vers la transition climatique et énergétique. En 2018, peu après l'Accord de Paris, la France me semblait être le pays où ce travail était pris le plus au sérieux. Une fois ma décision prise, le choix de l'établissement s'est imposé naturellement : je connaissais l'École polytechnique depuis le lycée. L'histoire, la rigueur technique, le calibre des personnes qui y avaient travaillé… C'était la seule candidature que j'ai déposé en France. Quand ils m'ont appelé, je n'envisageais même pas d'autre option.
Comment vous êtes-vous adapté à la vie en France ?
Je suis arrivé en ne connaissant que quatre mots de français. Je ne sais toujours pas vraiment ce qui m’a pris, mais le raisonnement était simple : si je ne saisis pas cette opportunité à 26 ans, je ne l’aurai pas à 40 ou 50 ans. Cela a suffi pour me décider à faire mes valises.
Le choc culturel a été bien réel, mais il s’est avéré extrêmement enrichissant. Apprendre à travailler en français a transformé ma façon de penser professionnellement. La culture d’entreprise française exige une rigueur particulière : on attend de vous que vous anticipiez les contre-arguments, que vous examiniez un problème sous tous les angles avant de présenter une position. Avec le temps, je me suis surprise à appliquer cette discipline analytique même en travaillant en anglais. Après sept ou huit ans, je vois cela comme un alter ego productif : deux registres professionnels distincts, chacun aiguisant l’autre.
J’ai intégré la France grâce à la bourse « Make Our Planet Great Again », lancée par le président Macron en 2018 pour attirer en France les talents internationaux du climat et de l’énergie suite à l’Accord de Paris. La bourse, l'établissement et le moment se sont parfaitement conjugués ; tout semblait s'aligner.
Quelles compétences acquises grâce à ce MSc&T utilisez-vous aujourd'hui ?
La caractéristique principale du STEEM est son approche véritablement globale. On y aborde aussi bien l'ingénierie technique – le fonctionnement d'un panneau photovoltaïque, la modélisation d'un système énergétique – que la modélisation financière, l'économie de projet et la logique d'investissement, avec des professeurs issus de HEC et d'autres institutions, aux côtés des ingénieurs de Polytechnique. À l'époque, je privilégiais l'aspect technique, pensant que c'était là que résidait ma valeur ajoutée. J'ai depuis compris que c'est la combinaison des deux qui est essentielle.
Dans tous les postes que j'ai occupés – conseil, capital-risque, fusions-acquisitions et maintenant chez AXA Climate – je constate toujours le même problème : les techniciens peinent à réaliser des analyses financières rigoureuses, et les financiers ne maîtrisent pas suffisamment la technologie sous-jacente pour l'évaluer correctement. Je me situe précisément au cœur de cet écart. C'est parfois une situation de solitude, et parfois une situation d'une puissance exceptionnelle : souvent, on est la seule personne capable de mener la conversation sur les deux fronts à la fois. C'est précisément ce que ce MSc&T a permis de créer.
Quels sont vos meilleurs souvenirs de l'École polytechnique ?
La promotion, sans hésiter. Entre 30 et 35 nationalités différentes pour une cinquantaine d'étudiants : un mélange que je n'avais jamais vu auparavant. Je suis encore en contact régulier avec une trentaine, voire une quarantaine, de ces camarades. Chacun apportait une contribution unique, et je découvrais encore des choses sur certains d'entre eux à la fin de l'année. Cette combinaison de personnes – techniquement excellentes, d'origines diverses, chacune avec son propre talent – était quelque chose que je n'aurais pu réunir nulle part ailleurs.
Au-delà des personnes, les enseignements de cette diversité sont restés directement pertinents pour mon travail. Les solutions climatiques ne sont pas transposables par défaut. Ce qui fonctionne pour l'adaptation aux inondations en France ne fonctionnera pas automatiquement au Nigéria ou en Indonésie. Avant d'appliquer un cadre quelconque, il faut comprendre le contexte local – se demander ce qui est réellement nécessaire sur le terrain, à cet endroit, pour ces personnes. Cet instinct m'est venu en travaillant pendant un an et demi avec des personnes pour qui les mêmes problèmes étaient perçus de manière totalement différente.
Quelles sont vos ambitions pour l'avenir ?
Continuer à œuvrer à la croisée de l'expertise technique et de la stratégie financière dans le domaine climatique, et progresser sur ces deux fronts. Avec le recul, si je changeais une chose de mon passage à Polytechnique, ce serait de suivre plus tôt des cours de modélisation financière. J'avais déjà de solides compétences techniques ; une formation financière plus poussée m'aurait permis d'acquérir ces compétences encore plus rapidement. C'est cet équilibre que je continue de développer, et c'est ce que j'espère apporter aux personnes et institutions avec lesquelles je travaillerai.