Sonal est une élève de 2ème année en Mathématiques-Informatique du Programme Bachelor. Elle nous a raconté son expérience au sein de l’École polytechnique ainsi que ses nombreuses activités extra-scolaires. Elle a également partagé avec nous son avis sur le sujet de la place des femmes dans le milieu scientifique.

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Pour quelles raisons avez-vous choisi l'École polytechnique ?

Au lycée, j’étais intéressée par le domaine de la recherche. Je connaissais la réputation de l’École polytechnique et ses nombreux domaines académiques. J’ai immédiatement pensé que ce serait un endroit formidable menant à des opportunités concernant le milieu de la recherche. Mon choix a été également lié au Programme Bachelor. La plupart des autres écoles offraient des programmes avec une unique majeure en mathématiques par exemple. Le Programme Bachelor proposé par l’X sortait du lot avec son offre d’une double majeure. J’ai donc été attirée par la flexibilité du programme qui me permettrait d’explorer plusieurs domaines mais également par l’opportunité de travailler étroitement avec les professeurs du fait de l’effectif réduit des promotions.

Comment avez-vous connu le Programme Bachelor ? Pour quelles raisons pensez-vous qu’il est intéressant pour les étudiants internationaux ?

Je souhaitais étudier à l’étranger mais il était difficile de trouver des programmes proposés uniquement en anglais avec un coût relativement abordable dans la plupart des écoles. Le Programme Bachelor avec notamment son offre d’aides financières à l’international est vraiment unique dans ce sens. De plus, il permet d’être en contact avec des personnes du monde entier. On a cette expérience incroyable d’être à la fois intégré à la culture française mais aussi d’en apprendre davantage sur des pays dont on n’avait peut-être jamais entendu parler.

Pourriez-vous nous en dire davantage sur le programme informatique que vous avez récemment développé ?

L’été dernier, j’ai effectué un stage au sein du Centre de Recherche en Économie et Statistique (CREST) où j’ai travaillé en tant qu’assistante de recherche pour le département de Computational Economics. L’équipe de recherche utilisait différents outils relevant de l’informatique afin de résoudre des problèmes dans le domaine de l’économie. C’était très intéressant de voir comment des compétences étudiées en classe, telle que la programmation, étaient appliquées en recherche dans un autre secteur. Mon professeur et mes collègues travaillaient sur le suivi des mouvements sociaux, comme celui des Gilets Jaunes, sur Twitter afin d’étudier l’impact que les réseaux sociaux peuvent avoir sur des changements politiques. Ma première mission en tant que stagiaire a été de créer un code afin de calculer les taux de Pénétration de Twitter, ce qui signifiait trouver le taux d’utilisation de Twitter dans une région et durant une période donnée. J’ai également créé des cartes afin de représenter ces données. Cela avait pour objectif d’aider l’équipe à visualiser les concentrations à des échelles différentes (pays, état, ville). Durant ma dernière semaine, j’ai travaillé sur l’analyse des sentiments générés par un tweet : pour un tweet on regarde les mots et on analyse s’il s’agit d’un sentiment positif, négatif ou neutre. Cela aide à comprendre l’opinion générale sur une action et à avoir une vision plus large de l’impact que cela a sur les gens.

Vous avez également travaillé avec « Girls in Tech » et « Code Club ». Pouvez-vous nous parler de ces deux expériences ?

J’ai travaillé avec l’association « Girls in Tech » à Paris pour enseigner à des jeunes filles du collège et du lycée des programmes faciles tels que JavaScript, Scratch3 et HTML afin de créer des jeux interactifs simples. J’ai également rejoint « Code Club » qui est affilié à la « RaspberryPi Foundation », une association caritative qui vise à sensibiliser les personnes du monde aux possibilités offertes par l’informatique et la création numérique. J’ai créé du contenu pour le site internet afin de développer des projets pour un public jeune qui commence tout juste à découvrir l’informatique. Selon moi, l’un des principaux problèmes de l’informatique est son inaccessibilité. Lorsque l’on souhaite se plonger dans ce domaine, on découvre que pratiquement l’ensemble de l’information disponible sur Internet semble d’un niveau trop avancé. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu aider autant que possible à enseigner à des jeunes filles d’une manière facile, interactive et amusante.

Vous avez présenté votre travail de recherche durant la conférence Pycon en novembre. Pouvez-vous nous en parler ?

Pycon est le plus grand rassemblement de la communauté qui utilise et développe le langage de programmation open-source Pycon. Ma conférence à Pycon portait sur l’utilisation d’outils interactifs et également sur la manière d’utiliser un langage de programmation simple en Python, en particulier pour Twitter. Je suis allée à Bordeaux pour présenter mon travail durant une conférence de 30 minutes. Je pense que c’est intéressant car la meilleure manière de comprendre le sentiment général de la population sur un sujet est de se référer à Twitter étant donné que c’est un outil très populaire et qui permet d’obtenir beaucoup de données donnant lieu à des conclusions.

Avez-vous des activités extra-scolaires ?

L’été avant de rejoindre l’École polytechnique, j’ai travaillé comme analyste en réseaux sociaux pour la branche des volontaires des Nations Unies en Inde. J’ai dû analyser des données démographiques et des groupes cibles afin de créer des campagnes localisées. J’ai pu permettre l’augmentation des inscriptions et des abonnés sur Facebook et Instagram en passant de 15000 à 18000 sur une période de deux mois. Je participe également à des projets open-source appelés Mapbox permettant de créer des cartes API comme Google Maps et Apple Maps. Cela aide à obtenir des visualisations uniques tout en se préoccupant des données des consommateurs. Et open-source signifie également que c’est gratuit ! En outre, je suis récemment devenue membre de l’organisation internationale “Women in Machine Learning and Data Science ”. Sa mission est de soutenir et promouvoir les femmes et les minorités de genre qui travaillent, étudient ou sont intéressées par les domaines du machine-learning et de la data science. Je fais aussi partie de l’équipe féminine de football de l’École polytechnique. Nous venons de remporter la 1ère place de la « Coupe de l’X » !

Nous parlons énormément des femmes actuellement, notamment sur leur place dans le monde du travail.
Selon vous, comment l’École polytechnique soutient la place des femmes dans le domaine de la science ?

En tant qu’étudiante du Programme Bachelor, on nous parle des nombreuses opportunités au sein de l’École polytechnique elle-même. Lorsque l’on souhaite échanger avec les professeurs au sujet d’opportunités concernant le domaine de la recherche, ils ne font aucune discrimination, selon si l’on est une femme ou non. Ils sont très inclusifs. Par ailleurs, je pense que les initiatives organisées par l’X récemment comme le Science Camp ou la Science Fair permettent aux jeunes filles encore au lycée d’en apprendre davantage sur la science, domaine où elles peuvent souvent se sentir mises de côté.

D’après vous, pour quelles raisons les femmes sont-elles moins représentées dans le secteur de la science ?

Au lycée, j’étais la seule fille dans mon cours de physique avancé. Cela s’explique notamment par la pression liée à la culture qui limite énormément les femmes. Si l’on nous rappelle constamment que nous ne sommes pas suffisamment douées, que l’on n’a pas notre place dans tel domaine, alors cela nous affecte profondément. En Inde, d’où je suis originaire, les femmes sont pour la plupart cantonnées au rôle de femme au foyer et estiment que c’est leur rôle à jouer au sein de la société. Bien qu’il n’y ait absolument rien de négatif à vouloir s’occuper de sa famille, il est indéniable que cela pose la question sur la liberté du choix des femmes. Cela soulève également le débat de comment la société peut limiter les opportunités auxquelles elles ont accès. L’éducation n’est pas vraiment accessible en Inde, notamment sur le plan géographique et en termes de moyens financiers. Le pays n’a malheureusement pas encore un système d’éducation très inclusif. En ce qui me concerne, ma famille m’a toujours soutenue et encouragée. Je me sens réellement très privilégiée d’avoir eu accès à l’éducation que j’ai reçue. J’ai conscience de faire partie d’une minorité sur cet aspect.

Quels sont les principaux challenges auxquels elles doivent faire face ?

Le premier challenge, qui ne concerne d’ailleurs pas seulement que les femmes mais tout le monde, est le langage. Le langage est une immense barrière pour l’éducation. Par exemple, un grand nombre de matériel éducatif en ligne est en anglais mais tout le monde ne parle pas anglais. Quand on regarde l’Inde qui est un pays très diversifié au niveau des langues, où la plupart de ses habitants parlent au moins trois langues et qui sont différentes à travers le pays, l’accès que l’on a à l’éducation y est très limité. C’est la raison pour laquelle je travaille sur un projet pour traduire des enregistrements de l’anglais vers l’hindi, rendant ainsi l’accès plus facile aux gens ne parlant pas anglais. Le second challenge est la culture. Il est essentiel d’accepter que tout le monde ait accès aux différents domaines qui les intéressent et de les encourager. Si l’on se sent soutenu, alors on sera davantage disposé à passer du temps sur un sujet et à apprécier ce que l’on fait.

Avez-vous un modèle de femme dans le milieu scientifique ?

Je n’ai pas vraiment de modèle en particulier. Le fait de voir de plus en plus de femmes dans ce milieu, en particulier dans celui de la tech, est très inspirant. Si l’on revient dix ans en arrière, ce qui n’est pas très loin, il n’y avait pratiquement aucune femme à des postes de décision, le secteur était dominé par les hommes. Cette évolution est donc très positive. Je pense également à Anita Borg, une célèbre informaticienne américaine, qui s’est battue pour l’égalité des sexes. Elle cherchait à inclure davantage les femmes dans le milieu et faire en sorte que leur opinion soit entendue. Elle peut être considérée comme un modèle par beaucoup.

A l’École polytechnique, nous souhaitons encourager les femmes à plus s’orienter vers des études et carrières scientifiques. Pour encourager et soutenir nos étudiantes les plus talentueuses, la Fondation de l’École polytechnique a créé la bourse « Women in Science ».

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