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Marie-Paule Cani 2

Ancienne élève et maître de conférences en informatique à l’École Normale Supérieure (ENS) de Paris et titulaire d’une thèse de doctorat en informatique de l’université Paris-XI en 1990, Marie-Paule Cani a été ensuite professeure à Grenoble-INP/Ensimag. Elle a reçu de nombreuses distinctions au long de sa carrière comme le titre d’Eurographics Fellow en 2005, le prix Irène Joliot-Curie du mentorat en 2007 pour ses actions en faveur des femmes scientifiques ou encore la Légion d’Honneur en 2012.

En outre, adhérente de l’Association Femmes et Sciences et de l'APMST – Association pour la Parité dans les Métiers Scientifiques et Techniques, elle milite pour renforcer la position des femmes dans le milieu scientifique et inciter les jeunes filles à s’engager dans les formations scientifiques et techniques. Elle est actuellement co-responsable du Master en Artificial Intelligence and Advanced Visual Computing au sein de l’École polytechnique.

Quel est votre « rôle » au sein de l’École polytechnique ?
Je suis en poste à l’École polytechnique depuis mai 2017. J’ai monté une nouvelle équipe de recherche en informatique graphique au laboratoire d’informatique de l’X et je dirige le Master of Science and Technology (MScT) en Artificial Intelligence and Advanced Visual Computing. Je suis également responsable du pôle Modeling, Simulation et Learning au sein du laboratoire d'Informatique de l'X (LIX).

Selon vous, comment l’École polytechnique permet-elle de soutenir le travail des femmes dans le milieu scientifique ?
En ce qui concerne la situation au sein des étudiants de l’école, c’est plutôt positif puisque les meilleurs étudiants de classes préparatoires viennent dans cette école et parmi eux se trouve un bon vivier d’étudiantes. Certaines vont vers l’informatique par la suite. Par exemple dans mon équipe de recherche, j’ai deux doctorantes, ce que j’apprécie tout particulièrement.
De plus, j’interviens dans le processus de sélection des candidats pour le MScT en Artificial Intelligence and Advanced Visual Computing. Nous avons des partenaires industriels dont Google qui offre des bourses pour les étudiants. L’accueil des jeunes filles fait partie des critères de diversité pour l’attribution de ces bourses.

Pour quelles raisons pensez-vous que les femmes sont sous-représentées dans les sciences ? Quels sont les principaux challenges auxquels elles doivent faire face ?
Il est vrai que les femmes sont sous-représentées en science, notamment dans le secteur de l’informatique. Ce constat est lié à un stéréotype concernant ce domaine qui est apparu après mes études. Lorsque j’ai fait mon Master 2, nous étions 50% de garçons et 50% de filles. Les gens n’avaient aucune idée de ce que représentait l’informatique puisqu’ils n’avaient pas d’ordinateur personnel à la maison. C’est apparu plus tard au début des années 90, lorsque les ordinateurs ont fait leur apparition dans les foyers.

Les jeunes garçons et les pères de famille ont alors pris en charge l’installation de logiciels. Petit à petit, une image très masculine de l’informatique s’est installée. De plus, les premiers jeux vidéo semblaient plus destinés aux garçons qu’aux filles. Ces éléments ont donc éloigné les filles du secteur de l’informatique.

Je pense également que les femmes et les hommes ont une approche différente liée à l’utilisation des machines. On peut avoir l’impression que les garçons vont être intéressés par la technologie en tant que telle et que les filles vont être intéressées par les machines lorsqu’elles en voient la finalité. Par exemple, dans mon domaine, celui de l’informatique graphique, on modélise et crée des mondes virtuels animés qui servent à la santé, à la simulation, à la création notamment. Mettre en avant l’utilité de l’informatique permettrait d’attirer davantage de filles.

Quels sont selon vous les moyens à mettre en œuvre afin d’améliorer cette situation ?
Pouvoir expliquer très tôt dans la scolarité des enfants, des adolescents et des étudiants ce qu’est vraiment l’informatique. Avec la réforme de l’enseignement de l’informatique qui a lieu de la primaire au lycée, nous assistons à un vrai un changement. De plus, la Société Informatique de France (SIF) et l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA) collaborent pour la mise en place d’un programme très ambitieux, appelé CHICHE, qui vise à ce que toutes les classes de lycée soient visitées par des chercheurs de manière à vraiment parler aux lycéens de cette science informatique. Petit à petit, j’espère que le stéréotype dont je parlais précédemment va être gommé.

Avez-vous un modèle de femme (scientifique ou d'un autre domaine) qui vous a inspiré/vous inspire ?
Lorsque j’ai commencé mon parcours, l’informatique en était à ses débuts. Parmi tous mes professeurs d’informatique, je n’ai quasiment pas eu de femmes. Cependant, j’ai été inspirée par une femme remarquable, la directrice de l’École Nationale Supérieure pour jeunes filles à l’époque (juste avant la fusion avec l’ENS) dans laquelle je suis entrée, qui était chimiste. Elle m’a énormément inspiré dans sa manière de s’occuper des élèves, dans l’intérêt qu’elle portait à chacun d’entre eux. On se sentait porté par une sorte de mentor qui allait nous suivre et nous encourager au fil des années. C’est ce que je cherche à donner aux étudiantes et étudiants dont je m’occupe.

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