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Patricia Crifo Polytechnique


Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan, titulaire d’un doctorat en Economie, Patricia Crifo est actuellement Directrice de du Master Smart Cities and Urban Policy de l’Ecole polytechnique et co-dirige la chaire Finance Durable et Investissement Responsable (TSE – IDEI et Ecole polytechnique). Elle est également chercheur associé externe de CIRANO (Montréal) et membre du Conseil Economique du Développement Durable, de la Commission des Comptes et de l’Economie de l’Environnement, du Jury du prix du Forum pour l’Investissement Responsable et de la fondation pour la connaissance des énergies.
Elle a accepté de partager son opinion sur la place des femmes dans le milieu scientifique et dans le milieu professionnel en général.






Selon vous, comment l’École polytechnique permet-elle de soutenir le travail des femmes dans le milieu scientifique ?

Tout simplement en confiant des responsabilités et en donnant les moyens de remplir pleinement les missions qui nous sont confiées. En tant que Directrice du Master en Smart Cities and Urban Policies, je constate que l’École m’offre les moyens de fournir un travail de qualité grâce à des conditions de travail idéales. Lorsque l’on est amené à diriger un Master à l’X, on travaille avec une équipe dédiée, notamment pour la phase de sélection et toute l’administration et la gestion du master ensuite. L’École polytechnique offre réellement un environnement de travail bienveillant où le travail est récompensé sans faire de distinction entre hommes et femmes.

Avez-vous un modèle de femme scientifique ou d’un autre domaine qui vous inspire ?

Je pense à Isabelle Autissier, navigatrice et présidente de WWF France, qui a un parcours très inspirant. C’est quelqu’un qui a un combat à mener et qui le fait avec énormément d’intelligence. C’est une femme fascinante. Chaque année, elle part deux mois en mer. Elle n’a pas sacrifié sa passion et continue en parallèle ses activités afin de faire changer les choses dans le domaine de l’environnement.

Pour quelles raisons pensez-vous que les femmes sont sous-représentées dans les sciences ? Quels seraient selon vous les moyens à mettre en œuvre afin d’améliorer cette situation ?

Je pense que la sous-représentation des femmes dans le milieu scientifique est assez endogène. Il y a un phénomène où les femmes vont se diriger vers des environnements dans lesquels elles se sentent à l’aise, qui ne sont pas dominés par les hommes.

Les économistes travaillent actuellement sur le sujet des politiques publiques à mettre en place afin de corriger ce problème. Il faut encourager les femmes à aller dans les domaines qui les intéressent. Un grand débat actuel est celui d’instaurer des quotas. J’étais moi-même plutôt contre ce principe à l’origine car je pensais que les quotas seraient associés à l’idée d’obliger les femmes à rentrer dans tel ou tel domaine. Mais mon avis a depuis changé car nous nous sommes rendus compte que dans beaucoup de cas c’est le seul moyen de faire changer les choses, de rétablir l’équilibre.

Je travaille sur la composition des conseils d’administration, organe de gouvernance dans les grandes entreprises, dans le cadre de la recherche que je mène en économie. Des lois ont été adoptées dans la plupart ses pays de l’OCDE pour imposer la parité dans tous les conseils d’administration car auparavant très peu de femmes y étaient représentées. Un certain nombre d’entreprises estimaient qu’il n’y avait pas de femmes suffisamment compétentes, ce qui est un discours vraiment difficile à entendre car il existe un plafond de verre pour accéder à ces postes. Je parlais d’endogénéité précédemment car à partir du moment où l’on va empêcher les femmes d’accéder aux postes à responsabilités, il leur sera impossible par la suite d’accéder au conseil d’administration. Le seul moyen a donc été d’imposer des quotas qui permet de créer un noyau de femmes compétentes pouvant ainsi être recrutées par les entreprises et améliorer ainsi la parité.

C’est la même chose pour la représentation des femmes dans la discipline scientifique. Il faut casser la dynamique préjudiciable pour créer un appel d’air afin qu’elles soient davantage présentes.

Par la suite, il est indispensable de tester l’efficacité du dispositif. Des études ont montré que si les femmes ne sont pas présidentes de comités stratégiques (rémunération ou audit), les quotas auront alors beaucoup moins d’impact. Les entreprises doivent vraiment jouer le jeu en mettant des femmes vraiment à des postes clés. Et à ce moment-là, la situation pourra réellement changer.

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